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Fondation d'entreprise Pernod Ricard, Infans, Paris, France

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Location

Fondation d'entreprise
Pernod Ricard
1 cours Paul Ricard,
75008 Paris

Curated ByMouna Mekouar
DurationJune 22, 2021 - July 31, 2021

In this exhibition, Isabelle Cornaro presents a little-known aspect of her work. The artist invites the audience to discover, in a carefully elaborated configuration, short 16mm films that are at times associated with other animated images (found footage and/or animation films). With a high visual density, all these films immerse the viewer in a fanciful universe, and through their sequence in space, they echo one another, creating a narration that unfolds across the two exhibition rooms.

Entitled Infans (from the Latin “who does not speak”), this exhibition evokes a world in which speech hasn’t yet appeared. It is a silent show, but not a wordless one, reminiscent of an intimate language, a musicality of signs. Playing with interlocks and interplays, somewhere between abstraction and figuration, moving images and stills, Isabelle Cornaro multiplies impressions and sensations, progressively submersing the viewer, who is invited to discover a setup where long still shots or simple panoramic scenes compose a silent visual score. This aspiration for silence that can be linked to the memento mori motto is extended with furtive and blinding apparitions. The artist explores expressionist effects of light that transform each sequence into a succession of images that seem to be blown away, as if struck by lightning, unstable.

Constantly eluding the viewer’s expectations and attention, Isabelle Cornaro offers an account that deliberately proceeds with image associations. Its essentially formal coherence owes to the repetition of motifs, objects and characters that suggest impressions and sensations. From that perspective, Isabelle Cornaro’s films employ the type of random editing specific to American structural film. She adopts the techniques of still frames, blinking effects and looping used by this experimental movement that puts the emphasis on form. With her montages that give the impression of sliding from one shot into another with seemingly no other reason than letting the most intimate thoughts drift freely, she constructs her films like dreams. The viewer jumps constantly and without any transition from disgust to wonder, from erotic arousal to amused surprise. This universe is also related to the surrealistic world of Luis Buñuel’s films. Inspired as well by the technique of collage – that Max Ernst developed so extraordinarily – Isabelle Cornaro uses existing or found footage and assembles it to create new images. One can see here an invitation to the irrational, the obscure, unconscious impulses, and fragmented or absent bodies. Like a common thread, from one film to the next and one projection to another, a man with no head – a man with no identity, a chimera, a man who is more a trace than a man – appears and disappears. The ending point of this trajectory is reached when the organic gives way to the plastic. Threats of violence become explicit: one can for example see hands covered in bodily fluids. Ultimately, all these films raise more questions than they provide answers. Her creations are like enigmas to be deciphered, mystery images.

This complex stratification is visually supported by a spatial arrangement that isn’t linear nor chronological. In this way, the presentation of the images translates these dispersed and unpredictable attempts made of bends, U-turns and/or resets. Isabelle Cornaro thus offers a critical vision of a certain representation of our world, our relation to the body and the object and of our (in)capacity to see. What is our relation to violence? To reality? To the visible? These implicit and recurring questions in Isabelle Cornaro’s work are manifest in these films that are akin to sampling. They bring out the dark side of images and explore what’s hidden behind them. They also incite a reflection on the overexposure of a world in which reigns the tyranny of the visible. Confronted to the chaos of our world, Isabelle Cornaro stresses the urgency to reconsider – with violence and restraint – the role and place of our look.

Mouna Mekouar

 

Isabelle Cornaro présente dans cette exposition un aspect de sa pratique encore peu connu. L’artiste invite  le public à découvrir, dans une mise en scène soigneusement élaborée, des films courts tournés en 16mm qui sont, parfois, associés à d’autres images animées (vidéos trouvées et/ou films d’animation). D’une grande densité visuelle, tous ces films nous plongent dans des univers chimériques, qui, par un jeu d’enchaînement dans l’espace, se répondent les uns aux autres, créant une narration qui se déploie au sein des deux salles d’exposition.  

Intitulée Infans (du latin « ne parlant pas ») cette exposition évoque un monde où la parole n’est pas  encore advenue. Silencieuse, ce n’est pas pour autant une exposition sans parole. C’est une exposition qui relève d’un langage intime, d’une musique des signes. Avec des jeux d’emboitements et de références, entre abstraction et figuration, entre images en mouvements et arrêts sur images, Isabelle Cornaro démultiplie les impressions et sensations, qui vont progressivement submerger le spectateur. Il est invité à découvrir un dispositif dans lequel des longs plans fixes ou de simples panoramiques composent une partition visuelle et silencieuse. Cette aspiration au silence qui pourrait se rapprocher du memento mori se prolonge  par de furtives et éblouissantes apparitions. En effet, l’artiste explore des jeux de lumière expressionnistes, qui transforment chacune de ses séquences en une succession d’images qui sont comme soufflées, fou droyées, instables.  

Déjouant constamment l’attente et l’attention du spectateur, Isabelle Cornaro propose un récit qui procède  délibérément par association d’images. Sa cohérence, essentiellement formelle, tient à la récurrence de motifs, d’objets, de personnages qui évoquent des impressions, des sensations. De ce point de vue, les films d’Isabelle Cornaro s’appuient sur le montage aléatoire propre au cinéma structurel américain. Elle adopte la technique du plan fixe, les effets de clignotement et de boucle de ce cinéma qui insiste sur la  forme. Avec ses montages qui donnent l’impression de glisser d’un plan à l’autre sans autre raison apparente  que l’errance de la pensée la plus intime, elle pense ses films comme des rêves. On saute sans transition, et en permanence, du dégoût à l’émerveillement, du trouble érotique à la surprise amusée. Cet univers semble aussi se rapprocher de l’univers surréaliste et des films de Luis Buñuel. A l’image aussi de la technique du collage – qui avait trouvé chez Max Ernst un développement extraordinaire – Isabelle Cornaro utilise des footage préexistants (ou trouvés) et les assemble pour faire naître de nouvelles images. On y retrouve un appel à l’irrationnel, à l’obscurité, à des impulsions inconscientes, aux corps fragmentés ou absents. Comme un fil rouge, d’un film à l’autre, d’une projection à l’autre, un homme sans tête – un homme sans identité, un homme chimère, un homme qui appartient au domaine des traces – apparaît et disparaît. Le point terminal de cette trajectoire est atteint lorsque l’organique cède le pas au plastique. Les menaces de violence sont désormais explicites : on y voit par exemple des mains recouvertes de fluides corporels. Au fond, tous ces films soulèvent plus de questions qu’ils n’apportent de réponses. Ses mises en scènes sont comme autant d’énigmes à déchiffrer, des images-mystère.  

Cette stratification complexe est visuellement soutenue par un dispositif dans l’espace qui n’est ni  linéaire ni chronologique. De cette manière, la présentation des images rend compte de ces tentatives dispersées et imprévisibles faites de fléchissements, de retours en arrière et/ou de recommencements. Ainsi, Isabelle Cornaro pose-t-elle avec cette installation un regard critique sur une certaine représentation de notre monde, sur notre rapport au corps et à l’objet, et sur notre (in)capacité à voir. Quel est notre rapport à la violence ? à la réalité ? au visible ? Ces questions, implicites et récurrentes dans le travail d’Isabelle Cornaro sont manifestes dans ces films qui relèvent du prélèvement. Elles rendent à l’image sa part d’ombre  et explorent son envers. Elles incitent aussi à une réflexion sur la surexposition du monde où règne la tyrannie du visible. Et face au vacarme de notre monde, Isabelle Cornaro souligne l’urgence de reconsidérer – avec violence et retenue – le rôle et la place de notre regard. 

Mouna Mekouar