Balice Hertling Gallery, Paris, France

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Location

Balice Hertling Gallery
239 rue Saint-Martin
75003 Paris
France

DurationOctober 12, 2018 - November 24, 2018

Pour sa quatrième exposition à la galerie, Isabelle Cornaro présente des sculptures et des peintures qui évoquent un paysage vacillant dans la lueur du crépuscule. Les couleurs de la tombée de la nuit, que l’artiste décrit comme « à la fois naturelles et anti-naturelles, » dominent les plans nets de ses six socles peints au spray (Untitled, P#14-18, 2018) et les surfaces mates de ses sept tableaux encadrés de laiton vibré (Golden Memories, 2018). Les bleus et violets utilisés par l’artiste sont électrisés, tandis que ses jaunes et rouges s’estompent vers des gris cendrés et des bruns terreux.

La couleur a toujours tenu une place importante dans le travail de Cornaro, mais peut-être encore davantage dans le cas présent. En préparation de cette exposition, elle a réfléchi à « l’anamorphose des couleurs » et l’impact qu’un changement de point de vue peut avoir sur leur intensité, et ainsi sur l’identité perceptible d’un matériau ou d’un objet. Le crépuscule a un effet radical sur la perception des couleurs, des formes et des distances; ce moment fugace avant que tout ne devienne noir. Peintes dans les tons contusionnés de nuages menaçants, et maintenant présentés sous une forme austère et autonome – non plus groupés à la manière d’une scène ou d’un paysage, les sculptures de l’artiste apparaissent d’autant plus minimalistes.

Cornaro emploie le terme « fantôme » pour décrire les tableaux intitulés Golden Memories. « Transcription d’un processus similaire à la photographie, » l’artiste explique que ces travaux capturent un « aspect résiduel de la peinture, le témoignage d’un moment dans l’atelier. » Cornaro considère la série des Golden Memories « comme de la poussière, le résidu d’une autre pratique» et, de fait, les peintures réalisées sur de la moquette en laine comportent des traces – particules de peinture projetée, de poussière et de colle – des matériaux utilisés par l’artiste dans la fabrication d’autres oeuvres. À l’aide d’un pistolet à peinture, les socles ont été reco verts de petites taches de peinture qui, d’un certain point de vue, rappellent le grain du film. « C’est une surface vibrante, » explique Cornaro, qu’elle compare à un « éclat de couleur » cinématographique venant orner les surfaces horizontales des socles, dont certaines portent aussi des ensembles d’objets brillants ou informes (pierres et fausses pierres; chaînes et barres métalliques; masques d’animaux, doigts coupés et tâches de sang en plastique); ces objets comme ceux des collections enfantines brillent au soleil mais ne sont d’aucune valeur.

Ils font référence aux matériaux, comme le métal ou la pierre, qui sont extraits du sol, et plus généralement à ce qui est interne ou souterrain. Le travail physique nécessaire à leur extraction ajoute une valeur qui se multiplie au fur et à mesure que les matériaux sont raffinés et mis en circulation sur le marché global. Les objets de Cornaro, abordables et produits en masse, sont contrefaits dans une certaine mesure lorsqu’elle les plonge dans du nickel (un matériau pour fabriquer la monnaie). Ces trésors étincellants contrastent avec l’obscurité du souterrain. Ici, pour la première fois, certains des socles de Cornaro sont nus. Allégés de leurs charges, ils changent de fonction et se tiennent seuls à l’image de stèles, de pierres tombales ou de ruines. Bien que Cornaro s’écarte de l’expressionnisme, et de toute trace de la main ou du corps, nous sommes pris dans un mouvement interrompu face à ses oeuvres.

Dans son récent roman expérimental, Lincoln in the Bardo, George Saunders imagine les pensées du président des États-Unis lors du deuil de son jeune fils : “J’avais tort quand je le pensais guéri et stable, quand je pensais que je l’aurais toujours. Il n’avait jamais été guéri, ni stable, mais seulement une boule d’énergie, éphémère, de passage. J’avais des raisons de le penser. N’avait-il pas été différent à la naissance, encore à quatre ans, puis à sept, jusqu’à éclore de nouveau à neuf ans ? Il n’était jamais resté le même, ne serait-ce que d’un instant à l’autre. Il émergeait du vide, prenait forme, était aimé, éternellement destiné à replonger dans le vide.”

Cornaro nous rappelle l’instabilité des paysages et de la couleur, la violence et la fragilité inhérentes à la condition humaine. Ce qu’Erwin Panofsky décrivait comme élégiaque dans les scènes de Nicolas Poussin — un artiste qui inspire toujours Cornaro — semble être présent ici sous l’aspect de lamentations poétiques dans les formes et les couleurs. Peut être que la vie est un flash coloré : hasard total, éclat absolu. Il est question de la « consistance des choses que vous imaginez. »

– Lillian Davies (Traduit en français par Nina Gautreau)
• Citations de l’artiste provenant de conversations dans son studio à Paris, Septembre 2018.
• Georges Saunders, Lincoln in the Bardo, New York : Random House, 2017. p.244 Traduit en français par Nina Gautreau.

 

 

For her fourth exhibition at the gallery, Isabelle Cornaro’s display of plinths and paintings evokes a landscape, flickering in the light of dusk. Twilight colors, which the artist describes as “both natural and anti-natural,” dominate the sharp planes of her five spray-painted plinths (Untitled, P#14—18, 2018) and the matted surfaces of her six paintings framed in brass (Golden Memories, 2018). The artist’s blues and violets are electrified as her yellows and reds fall towards ashy greys and fertile browns.

Color has always been important in Cornaro’s work, but perhaps now even more. In preparing this show, she thought about “color anamorphosis” and the impact a change of viewpoint can have on the intensity of a color, and thus the legible identity of a material or object. Twilight has a radical effect on perceptions of color, shape and distance, that fleeting moment before everything goes black. Meanwhile, painted in the bruised palette of menacing clouds, the forms of the artist’s plinths are emphatically minimal. Newly separate, they are no longer displayed clinging together in groups, once evocative of the stage or landscape, but as austere, autonomous forms.

Cornaro uses the word “phantom” to describe the paintings Golden Memories. A “record of a process, almost like photography,” the artist explains that these works capture “a residual aspect of painting, the recording of a moment in the studio.” Cornaro has treated Golden Memories “like dust, a residue of another practice,” and in fact, the paintings, realized on carpet, carry traces—particles of sprayed paint, dust and glue—of the materials the artist used to realize the plinths. With a spray gun, she painted these wooden works, yielding a surface of tiny specks of paint that, from certain angles, recalls a grainy clip of film. “It’s a vibrating surface,” Cornaro explains, which she likens to a cinematographic “color flicker” by embellishing some of the plinth’s horizontal surfaces with clusters of shiny objects (stone and fake stones; metallic bars and chains; plastic animal masks, cut fingers and blood stains). These objects, like those of childhood collections, sparkle in the sunlight but contain no real value.

The elements that Cornaro places on the plinths make reference to materials, such as metals and stones, that are mined from the ground. The physical labor necessary for their extraction generates an added value that multiplies as the materials are processed and put into circulation on global markets. Cornaro’s inexpensive, mass-produced objects, are falsified to a certain degree when she dips them in nickel (a key ingredient of pocket change) or otherwise manipulates them in an echo of the forms of objects of greater value.These shining treasures glisten in contrast to the darkness of the unde ground. Here, for the first time, some of Cornaro’s plinths do not carry anything at all. The artist has lightened their loads, allowing their purpose to shift as they stand alone like stellae, tombstones, or weathered monuments. Although Cornaro backs away from expressionism, and any hint of the hand or body, we are emphatically transient amongst her works.

In his recent experimental novel, Lincoln in the Bardo, George Saunders imagines the American President’s thoughts as he mourns the loss of his young son: “I was in error when I saw him as fixed and stable and thought I would have him forever. He was never fixed, nor stable, but always just a passing, temporary energy-burst. I had reason to know this. Had he not looked this way at birth, that way at four, another way at seven, been made entirely anew at nine? He had never stayed the same, even instant to instant. He came out of nothingness, took form, was loved, was always bound to return to nothingness.”

Cornaro reminds us of the instability of landscape and of color, the violence and fragility inherent in the human condition. What Erwin Panofsky described as the elegiac in the landscapes of Nicolas Poussin, an artist that provides ongoing inspiration for Cornaro, seems present here as a poetic lamentation of form and color. Perhaps life is a color flicker: complete chance, pure brilliance. It is about the “materiality of the thing that you imagine.”

– Lillian Davies
• Artist’s quotes from conversation at the artist’s studio in Paris, September 2018.
• George Saunders, Lincoln in the Bardo, New York: Random House, 2017. p.244