filter Overview

filter Normal View

left 2016

  • 2009
  • 2010
  • 2011
  • 2012
  • 2013
  • 2014
  • 2015
  • 2016
  • 2017
  • 2018
  • Clear

Frac Aquitaine, Figures, ornements, représentations, Bordeaux, France

close
Exposition de Isabelle Cornaro "Ornement (ébène), Ornement (makore), Ornement (ziricotte), Ornement (amarante), Ornement (obeche) - 2012 Hexaèdre (blanc, gris, bronze), Hexaèdre (gris, bronze, corail, vert, bleu), Octaèdre (blanc, gris, bronze, corail, vert, bleu) - 2012
Exposition de Isabelle Cornaro "Ornement (ébène), Ornement (makore), Ornement (ziricotte), Ornement (amarante), Ornement (obeche) - 2012 (détail) Hexaèdre (blanc, gris, bronze), Hexaèdre (gris, bronze, corail, vert, bleu), Octaèdre (blanc, gris, bronze, corail, vert, bleu) - 2012 (détail) "Ajouts", Ensemble de vases décorés - 2012 "PortraitsII", 23 éléments
Exposition de Isabelle Cornaro "Ornement (ébène), Ornement (makore), Ornement (ziricotte), Ornement (amarante), Ornement (obeche) - 2012 (détail) Hexaèdre (blanc, gris, bronze), Hexaèdre (gris, bronze, corail, vert, bleu), Octaèdre (blanc, gris, bronze, corail, vert, bleu) - 2012 (détail) "Ajouts", Ensemble de vases décorés - 2012 "PortraitsII", 23 éléments
Exposition de Isabelle Cornaro "Ornement (ébène), Ornement (makore), Ornement (ziricotte), Ornement (amarante), Ornement (obeche) - 2012 (détail) Hexaèdre (blanc, gris, bronze), Hexaèdre (gris, bronze, corail, vert, bleu), Octaèdre (blanc, gris, bronze, corail, vert, bleu) - 2012 (détail) "Ajouts", Ensemble de vases décorés - 2012 "PortraitsII", 23 éléments
Exposition de Isabelle Cornaro "Ornement (ébène), Ornement (makore), Ornement (ziricotte), Ornement (amarante), Ornement (obeche) - 2012 (détail) Hexaèdre (blanc, gris, bronze), Hexaèdre (gris, bronze, corail, vert, bleu), Octaèdre (blanc, gris, bronze, corail, vert, bleu) - 2012 (détail) "Ajouts", Ensemble de vases décorés - 2012 "PortraitsII", 23 éléments
Exposition de Isabelle Cornaro "Ornement (ébène), Ornement (makore), Ornement (ziricotte), Ornement (amarante), Ornement (obeche) - 2012 (détail) Hexaèdre (blanc, gris, bronze), Hexaèdre (gris, bronze, corail, vert, bleu), Octaèdre (blanc, gris, bronze, corail, vert, bleu) - 2012 (détail) "Ajouts", Ensemble de vases décorés - 2012 "PortraitsII", 23 éléments
Location

n1 Quai Armand Lalande,
33300 Bordeaux
France

Curated ByClaire Jacquet
DurationOctober 4, 2012 - December 29, 2012
artworks
  • Hexaèdre (blanc, gris, bronze), Hexaèdre (gris, bronze, corail, vert, bleu), Octaèdre (blanc, gris, bronze, corail, vert, bleu), 2012
  • Ornement (ébène), Ornement (makore), Ornement (ziricotte), Ornement(amarante), Ornement (obeche), 2012
  • Portraits II, 2012
  • Ajouts, 2012
  • Portraits I, 2012

Présente dans la collection du Frac Aquitaine avec l’oeuvre Paysage avec poussin et témoins oculaires (2008), Isabelle Cornaro, jeune artiste française lauréate du Prix Ricard en 2010, se voit confier le projet d’une exposition monographique. Intitulé Figures, ornements, représentations, celui-ci creuse les questionnements déjà présents dans son installation acquise par le Frac en 2009, notamment ceux relatifs aux formes et à leur sens, aux points de vue et à leurs jeux au sein d’un espace (celui du hangar G2) à la frontière du dedans et du dehors.

Le travail d’Isabelle Cornaro, au travers d’une pluralité de médiums, tend à déconstruire les modes de représentation pour en mettre à nu les valeurs et les structures sous-jacentes. Chacune de ses productions est ainsi en prise avec une (ou des) histoire(s), une époque, un courant esthétique ou une culture… Ce que Baudelaire aurait pu décrire comme humer « l’époque, la mode, la morale, la passion » pour saisir la quintessence de la modernité traversée par ce qu’elle fut et déjà projetée vers l’au-delà du présent. Aussi, n’est-il pas surprenant que l’artiste ait imaginé ce projet en réponse à l’espace d’exposition si particulier du Frac Aquitaine, chargé de sens (un ancien entrepôt de marchandises) et d’histoire (un lieu inauguré dans la première moitié du XXe siècle ouvrant une nouvelle ère commerciale promise au déclin quelques décennies plus tard). De ce passé d’entrepôt, le Frac a conservé la dimension de stockage avec ces caisses en bois conditionnant les oeuvres, livrées à l’import-export journalier.

Jouant de cette image que l’on pourrait croire extraite d’un tableau de Magritte avec cet amoncellement de caisses qui alimente le mystère de ce qu’elles contiennent, Isabelle Cornaro reprend ce motif du « socle », familier dans son travail et ici largement représenté. Sur ce support, sont exposés différents objets décoratifs et manufacturés, chinés par l’artiste. Se joue aussi une nouvelle opposition : d’un côté, des objets d’art de la collection du Frac (dissimulés aux regards), assimilés à la culture savante et conservés dans l’ombre et, de l’autre, des objets populaires ou « sans qualités », faisant ainsi écho aux antagonismes charriés par l’histoire coloniale et portuaire de Bordeaux marquée par la domination d’une culture jugée « supérieure » à celle des « indigènes » (ou plus largement des minorités).

Dispersé dans l’espace d’exposition, cet ensemble de socles de bois de grand format dessine ainsi un paysage métaphorique. Au mur, des dessins, peintures et impressions sérigraphiques empruntant à des styles hétérogènes issus de l’histoire de l’art moderne et contemporain viennent perturber les volumes, en proposant de nouvelles représentations et points de vue sur l’espace d’exposition. Au sein de ce système abstrait, accentué par des mobiles peints évanescents réfléchissant la lumière extérieure, ces éléments figuratifs, porteurs d’une histoire, culturelle et peut-être même personnelle (l’artiste a passé son enfance en Afrique), semblent se révéler et apparaissent tels des fétiches de l’art décoratif. Pas de linéarité qui tienne, l’exposition semble construire et déconstruire, assimiler et mettre à distance, comme une invitation au visiteur à élaborer sa propre grille de lecture du monde à partir d’une expérience de l’ici et maintenant.

 

Entretien avec Isabelle Cornaro

Claire Jacquet – Quel propos développez-vous dans Figures, ornements, représentations ?

Isabelle Cornaro – Le propos général s’articule autour de questions de distance, de perspective et de point de vue : depuis quel point de vue considère-t-on les objets, les sujets, les idées, et en quoi cela change-t-il la perception que l’on en a ? Comment représenter une chose existante (un espace, un objet) et de quelle manière ? Ou comment représenter une idée : qu’est-ce que donner une forme à cette idée ? Qu’est-ce qu’un geste artistique ? De quel type de geste s’agit-il, et où se situe la subjectivité de ce geste si jamais il y en a une ?

CJ – Comment le contexte a-t-il influencé votre travail (contraintes du lieu d’exposition, histoire du hangar G2, de la ville, des paysages environnants) ?

IC – La disposition des salles et la présence visible des réserves, qui implique que plusieurs murs de la salle principale soient mobiles au lieu d’être « pleins », m’ont poussée à penser l’exposition en termes d’ensembles d’oeuvres – de type sériel et modulaire – qui viennent occuper différemment les espaces (entrée, allée centrale, salle principale), qui ont de fait des qualités différentes. L’occupation la plus manifestement spécifique au lieu est le placement des grands vases en haut des cimaises mobiles, qui fonctionnent comme des figures de surplomb ; et la reprise stylisée des formes des caisses visibles dans les réserves, dans la conception des socles peints, où ce qui avait une fonction structurelle (barres de renforcement etc.) prend une fonction ornementale, même si cet ornement est très simplifié. Aussi, l’espace intérieur et extérieur se reflète dans les ensembles de miroirs suspendus, en des couleurs différentes selon la teinte du miroir, qui devient comme un filtre pour le regard. Outre les contraintes spatiales, l’histoire de ce lieu apparaît dans le sens où beaucoup d’éléments, notamment les motifs décoratifs réfèrent à une histoire nationale impérialiste, et plus spécifiquement coloniale – ce sont par exemple des motifs exotiques, simplifiés et standardisés pour une production de masse, issus d’objets décoratifs asiatiques et africains.

CJ – Au-delà des notions de représentation et de point de vue développées dans votre travail, la question de la « traduction » semble occuper également une place importante dans votre démarche. Quel est son rôle?

IC – La répétition d’idées formelles ou conceptuelles plus ou moins identiques en différents médiums souligne la polysémie et la variabilité de celles-ci, en même temps que leur indépendance vis-à-vis du médium. Mais aussi, cela indique que chaque médium a ses propres signifiance et histoire, qui viennent transformer, contredire, raffiner, dialectiser l’idée initiale, avant « solidification ».
Le rapport physique du spectateur aux oeuvres est également un questionnement important dans votre approche.

CJ – Comment l’envisagez-vous?

IC – Il s’agit, à nouveau, de rapports de perspective, de distance et de point de vue ; ce que l’on appréhende de loin donne une idée de l’oeuvre qui se transforme lorsque l’on s’en approche, au cours du déplacement dans l’exposition. L’espace et les oeuvres sont d’abord vus de manière synthétique, globale, puis dans le détail de leur matière ; ce qui est, selon moi, un mouvement dialectique que je recherche. Ce passage d’un point de vue synthétique et en déplacement, à un point de vue absorbé dans le détail de la matière et du geste est le propos des oeuvres murales de la première salle, et de la salle du milieu.